Digitalis purpurea L.
Digitale pourpre

SCROPHULARIACEAE
Autres dénominations : Gants de la Vierge, Dés de couleuvre, Gueule de lion, Gantelée, Bec d’âne. 

Description botanique :
Plante herbacée bisannuelle ou pluriannuelle poilue, à tige non ramifiée de 0,5 à 1,5 m, creuse, glabre à la base. 
         • Feuilles : Alternes, pétiolées à la base et sessiles au sommet de la tige, ovales, entières, crénelées, vertes sur la face supérieure, blanchâtres et pubescentes sur la face inférieure  
        • Fleurs : Longue grappe unilatérale de fleurs à corolle tubuleuse, pourpre et marquée de taches rouge vif cernées de blanc à l'intérieur (floraison : mai-septembre)  
        • Fruits : Capsules ovales pubescentes entourées du calice persistant, contenant une multitude de graines verruqueuses jaune pâle minuscules et sphériques 
 
Autres espèces en Europe : 
     
  • D. lanata Ehrh. : La digitale laineuse cultivée pour l'extraction des digitaliques, espèce voisine de D. purpurea, toxique 
       D. grandiflora Mill. : La digitale à grandes fleurs (plante plus velue, feuilles plus larges, fleurs jaune pâle, 40-50 mm, renflées, faiblement nervurées de brun rougeâtre à l'intérieur), toxique 
        D. lutea L. : La digitale jaune  

Habitat :
        • Spontanée sur terrains siliceux ou acides de l'Europe occidentale, jusqu'à 1500 m, chemins, friches, coupe de bois  
        • Ornementation  
        • D. lanata L. cultivée par l'industrie pharmaceutique, pour l'extraction des digitaliques à une activité tonicardiaque 3 à 4 fois supérieure à D. purpurea L.

Fréquence : Assez commun.
Risques principaux : Troubles neuro-sensoriels, digestifs et cardiaques. 

Principes toxiques 
            • Nature  
               o Hétérosides cardiotoniques de la classe des cardénolides à activité cardiotonique principaux responsables de la toxicité 
            * Hétérosides primaires dans la plante fraîche, hydrolysés en hétérosides secondaires dans la plante sèche  
            * Trois séries d'hétérosides A, B et C définies respectivement par les génines digitoxigénine, gitoxigénine, et gitaloxigénine 









                o Saponosides (digitonoside, tigonoside), pouvant, du fait de leur propriétés tensioactives, influencer l'absorption intestinale des cardénolides 
             • Localisation : 0,1 à 0,3% d'hétérosides dans la masse sèche des feuilles, et 1,6 à 4,8 mg d'hétérosides dans une feuille fraîche de masse moyenne 8 g. 
Toute la plante est toxique, mais surtout les feuilles et les graines.  
            • Mode d'action : Les hétérosides cardiotoniques de la digitale pourpre agissent au niveau cellulaire par de nombreux phénomènes, dont l'inhibition des échanges Na-K au niveau de la membrane cellulaire (blocage de l'ATPase Na-K membranaire) et par augmentation du calcium ionisé disponible au niveau de la myofibrille.  

Circonstances d'intoxication : 
            • Exceptionnelle suite à l'ingestion de la plante  
                 o Dans la nature  
                 o En infusion, par ignorance du consommateur ou de l'herboriste  
            • Confusion avec Symphytum officinale L., la grande consoude, surtout avant la floraison ; distinction par le toucher : feuilles de la digitale douces, feuilles de la grande consoude rêches.  
 
Notions générales : 
            • Intoxication identique à celle induite par les médicaments digitaliques  
            • Les hétérosides cardiotoniques présents dans la digitale ont une action chronotrope et dromotrope négative, bathmotrope et inotrope positive  
            • Attention, en cas d'intoxication : action bathmotrope et inotrope négative  

Eléments diagnostiques 
            • Troubles digestifs inauguraux : nausées, vomissements prolongés, diarrhées, douleurs abdominales  
            • Troubles neuro-psychiatriques  
                  o Céphalées, somnolence, troubles visuels (dyschromatopsie, scotomes scintillants)  
                  o Confusion, agitation, délire, hallucinations  
                  o Convulsions  
            • Troubles cardiaques  
                  o Bradycardie  
                  o Troubles de la conduction (bloc auriculo-ventriculaire), du rythme (tachy-arythmie ventriculaire, fibrillation ventriculaire)  
                  o A l'électrocardiogramme : sous décalage du segment ST diffus  
            • Biologie : hyperkaliémie  
            • Digoxinémie (dosage immunochimique) : intérêt uniquement qualitatif  

Conduite à tenir 
            • Hospitalisation sans délai dans un service spécialisé  
            • L'absence de symptômes plus de 2 heures après l'ingestion d'une partie de la plante (baies, feuilles, tige, fleur...) est de bon pronostic  
            • L'efficacité de l'épuration digestive n'est actuellement pas démontrée 
            • Administration de charbon activé à discuter au cas par cas  
            • Traitement symptomatique des troubles de la conduction et du rythme cardiaque.  
            • Le recours à l’immunothérapie spécifique (Digifab®) est à discuter selon les mêmes critères que lors d’une intoxication digitalique d’origine médicamenteuse (gravité patente, présence de facteurs pronostiques de gravité).  
  
 

 

 Série A

 Série B

 Série E

Hétéroside primaire

 Purpureaglucoside A

Purpureaglucoside B

 Purpureaglucoside E

Hétéroside secondaire

 Digitoxine

= digitoxoside = digitaline

 Gitoxine

 Gitaloxine

 

FloreTox
A,B,C....